Galerie de l’Europe – Paris, 2012

Nature(s) Silencieuse(s)

Peintre intimiste, Bernard Bouin plonge ses sujets dans le silence. Ses paysages de Venise, où il a séjourné récemment, sont des transpositions émotionnelles de sa contemplation. Ce ne sont pas les images, emblématiques de la Sérénissime qui le retiennent, mais une atmosphère particulière propre à la lagune et à son immensité. L’espace, ouvert aux jeux du crépuscule, suggère l’illusion. Le peintre ne retient que quelques détails : des pontons, la côte éloignée d’une des iles s’effaçant dans la brune, inscrivent une perspective dans un plan unique presque entièrement consacré aux vibrations nocturnes. Cette incertitude du lieu convient au peintre attentif à l’arrêt du temps. Le pouvoir de fascination qu’exerce sa peinture est toujours aussi efficace, qu’il s’agisse de personnages énigmatiques figés dans la lumière d’un réverbère, un thème qui traverse son oeuvre avec ses vues urbaines nocturnes, ses paysages diurnes soumis aux changements saisonniers de la lumière. Ici, la lumière incertaine, papillotante de touches légères, organise la toile et la rythme. La dimension réaliste du sujet croise la perception subjective de l’artiste.

Avec ses natures mortes, Bernard Bouin relie le passé au présent. La simplicité des objets – un pot en céramique blanche associé à des figues , à un citron, à des raisins ou une pastèque – est encore une fois un prétexte à exprimer ce qui ne se voit pas. Sa peinture est une méditation sur la part matérielle des choses et leur présence impalpable. Tout le travail de Bernard Bouin réside dans la subtilité d’un double espace temporel et spirituel. Cette simultanéité, filtrant le regard et la pensée, fait allusion à la métaphore du miroir.

Son talent est de nous faire partager l’illusion de la réalité transposée.

Lydai Harambourg – Gazette Hôtel Drouot – Octobre 2012