Galerie de l’Europe – Paris, 2011

[…] Pour les savants, l’aube et le crépuscule sont un seul phénomène et les grecs pensaient de même, puisqu’ils les désignaient d’un mot que l’on qualifiait autrement selon qu’il s’agissait du soir et du matin…

…Le lever du jour est un prélude, son coucher, une ouverture qui se produirait à la fin au lieu du commencement comme dans les vieux opéras…Mais, de la suite du jour, l’aurore ne préjuge pas…

…Pour le coucher du soleil, c’est autre chose; il s’agit d’une représentation complète avec un début, un milieu et une fin. Et ce spectacle offre une sorte d’image en réduction des combats, des triomphes et des défaites qui se sont succédé pendant douze heures de façon palpable, mais aussi plus ralentie. L’aube n’est que le début du jour ; le crépuscule en est une répétition.

… Il y a deux phases bien distinctes dans le coucher du soleil. Au début, l’astre est architecte. Ensuite seulement (quand les rayons parviennent réfléchis et non plus directs) il se transforme en peintre. Dès qu’il s’efface derrière l’horizon, la lumière faiblit et fait apparaître à chaque instant des plans  plus complexes.

…Rien n’est plus mystérieux que l’ensemble des procédés toujours identiques, mais imprévisibles, par lequel la nuit succède au jour. Sa marque apparaît subitement dans le ciel, accompagnée d’incertitude et d’angoisse.

Extraits de « Tristes Tropiques ». Claude Lévi-Strauss.